dimanche 15 mai 2011

Plus de 500 citoyens au Pique-nique de Ty Losquet pour soutenir Coline et Gael

Samedi 14 mai 2011, ce sont plus de 500 personnes qui sont venus apporter leur soutien à l'installation de Coline et Gael sur la ferme de Ty Losquet. L'appel était lancé par les organisations paysannes (Confédération paysanne 22, Agriculture paysanne 22, Gab 22, Accueil paysan, Cedapa, Civam, RTF, MRJC, et Terres de lien) déterminées à se battre contre ce non-sens de la politique foncière agricole. Lors de la rencontre régionale pour une nouvelle alliance agricole, à Pontivy, le 22 avril, les organisations paysannes avaient exprimé leur scepticisme face aux déclarations affirmant que tous les modèles de production peuvent cohabiter. Nous avons ici un exemple criant qu'ils sont concurrents sur le terrain, en particulier sur le volet de l'accès au foncier.

Il est 11 heures, les tracteurs commencent à faucher la parcelle qui va servir d'aire de pique-nique. D'autres engins agricoles finissent de ramasser l'herbe dans le champ du voisin qui a bien voulu que sa parcelle serve de parking. Les groupes électrogènes donnent le ton et les cris des enfants émerveillés par le manège du berger retentissent.


Midi, la cour de la ferme est envahie par la fumée des barbecues et les bonnes odeurs de saucisses. Les langues se délient. Certains sont venus après avoir lu le récit de ces filles dans le presse. D'autres, plus vindicatifs, partagent des mésaventures jadis vécus avec la SAFER et s'offusquent de voir que rien n'a changé. Des élus de toutes tendances (bon pour le FN et l'UMP, ils n'ont pas su lire les superbes pancartes façonnées par Benj, le conjoint de Coline, mais on ne désespère pas) avaient répondu à l'appel. Beaucoup d'entre eux témoignent des difficultés qu'ils ont à installer des projets similaires sur leur commune en passant par la SAFER. Étaient représentés, le PS, Europe Écologie-les Verts, Bretagne Écologie, l'UDB, Breizhistance, le NPA et un mot d'excuse du sénateur Gérard Le Cam du PC qui a adressé un courrier à Louis Biannic, le directeur de la DRAAF Bretagne.



Les médias étaient convoqués à 14 heures donc il fallait être une bonne masse critique pour la guéguerre médiatique. Premier décompte du tenancier de la buvette Coreff, 700 au moins ! Certains du Trégor diront que c'est un gars du sud (de la Bretagne je précise donc pas très loin de Marseille). Les médias avancent 400 personnes. C'est l'heure des prises de paroles sur l'estrade mobile avec Coline et Gael qui rappellent leur parcours du combattant de hors-cadre familial jusqu'à tomber sur cette perle de Ty Losquet. Gael partage aussi son pessimisme à 38 ans de trouver mieux après près de 2 ans de recherche et rappelle la nécessité de se battre pour tous les paysans en devenir qui peinent à trouver les quelques hectares qu'il leur faut pour se lancer.

Vient le tour de Thierry Thomas, porte-parole de la Confédération Paysanne des Côtes d'Armor qui d'emblée tient à se féliciter du nombre de candidatures à la reprise de la ferme de Ty Losquet. Il précise quand même que :
Le nombre de candidatures (3 sur ce dossier) est une bonne nouvelle, mais la récente décision rendue par la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural) est la pire des solutions qu’elle ait pu prendre. Elle conduit en effet à la création d’un seul emploi, là où il était possible d’en créer trois. Il était pourtant simple de reconnaître à Coline et Gaël en leur attribuant cette petite ferme de 12 ha la constance et la détermination qu’elles ont manifesté en remuant ciel et terre pour trouver un site ou poser leurs valises de paysannes sans terres.
Il explique pourquoi ils affirment que le projet de l’autre candidate est possible sans empêcher Coline et Gaël de s’installer :
Laëtitia, l’autre candidate, a 28 ans. Elle a pour projet de s’installer en s’associant avec ses parents. Ceux-ci ont un quota de 330 000 litres de lait, un poulailler de 1200 m² de dindes de chair pour une surface de 110 ha.

Se suivent Annie Le Houérou, mairesse de Guingamp et vice-présidente du conseil général des Côtes d'Armor, venue rappeler la demande territoriale de tels projets pour le pays de Guingamp à l'heure des débats sur l'eau, les algues vertes, la relocalisation de l'agriculture. La conseillère régionale Mona Bras de l'UDB explique son choix pour le projet de Coline et Gael qui devrait créer 2 emplois sur 12 hectares, en demandant aux pouvoirs publics d'appliquer le Grenelle de l'environnement qui vise 20% de terres en bio. René Louail, conseiller régional également, membre du groupe Europe Ecologie - les Verts demande un nouveau dispositif : si la SAFER ne joue pas son rôle, il faut étendre les prérogatives de l’Etablissement Public Foncier Régional (EPFR) afin que celui-ci prenne la main sur les conditions d’attribution des terres agricoles.

Finalement, ce fut une journée de mobilisation qui a réconforté, de part sa naïveté et sa fraîcheur. Certains sont même repartis regonflés à bloc comme Guillaume Bricaud, de Breizhistance, qui lance l'idée d'un collectif de vigilance et de soutien aux porteurs de projet qui font la douloureuse expérience de l’accès au foncier.

Les articles publiés dans le presse locale le 15 mai 2011 :
Le Télégramme
Ouest France-1
Ouest France-2

Réaction de la FDSEA :
Ouest France et Le Télégramme du 17 mai 2011
Le Paysan Breton du 20 mai 2011
Terra du 20 mai 2011

Réaction de la SAFER
Ouest France du 20 mai 2011

D'autres vidéos :
Armor TV
Gwagenn TV
Breizhistance TV
An Taol Lagad - France 3

jeudi 5 mai 2011

Projet d'élevage biologique de brebis laitières avec transformation

Il s'agit d'un projet d'élevage biologique de brebis laitières avec transformation de la totalité du lait sur la ferme. Nous souhaitons travailler avec des brebis basques de race Manech à tête noire qui sont reconnues pour la qualité fromagère de leur lait ainsi que pour leur rusticité. Nous travaillerions également avec deux vaches de race Froment du Léon afin de permettre une production tout au long de l'année. Nous nous engageons également à introduire dans le troupeau des brebis Belle-Île, une race locale menacée.

Nous commercialiserons nos produits (tomme de brebis, pâte molle, fromage frais, yaourt, crème, beurre bio) sur les marchés de la région (Guingamp, Lannion, Plestin), dans les magasins spécialisés (Biocoop à Ploumagoar), sur Internet via le groupement de producteurs et consommateurs « Blaz ar Vro » ainsi chez quelques restaurateurs. Nous envisageons également d'organiser un soir par semaine un marché à la ferme avec d'autres producteurs.

Nous sommes deux paysannes sans terre, titulaires d'un BPREA (Brevet Professionnel Responsable d'Exploitation Agricole - mention élevage biologique et transformation fromagère) au CFPPA du Rheu 35. Depuis près de 2 ans, nous parcourons le Trégor à la recherche d'une petite ferme pour démarrer notre projet. Nous avons rencontré pratiquement tous les maires des communes situées dans un triangle Guingamp/Lannion/Morlaix. Beaucoup se sont enthousiasmés pour notre projet. Par leur intermédiaire, nous avons pu rencontrer quelques cédants sans succès. Notre projet de GAEC permettra l'installation de deux Jeunes Agricultrices (JA) hors cadre familial. Car, il est important de le rappeler, il est encore plus difficile de trouver du foncier pour les candidats dont les parents ne sont pas agriculteurs. Julien Brothier en témoignait déjà en 2007.

Nous sommes candidates à la reprise de la ferme Ty Losquet (terres, bâtiments agricoles et habitations) en nos noms propres et maintiendrons cette ferme en l'état car elle convient, pour une fois, parfaitement à nos besoins :

● Surface adaptée aux besoins en fourrage (herbe et foin) de notre cheptel

● Parcellaire groupé autour des bâtiments de ferme qui facilite à la conduite d'un troupeau laitier

● Bâtiments d'exploitation facilement aménageables pour accueillir des brebis

● Bâtiments d'habitation pour 2 familles

● Situation proche de Guingamp et des grands axes routiers qui est un gros atout pour la vente directe

Nous avons longuement mûri notre projet et sommes conscientes que la difficulté d'évaluation de ce genre de projets dit "non-conventionnels" réside dans la prise en compte de ce qui fait leur force : la valorisation du lait par la transformation à la ferme et la vente directe. Cependant, pour la reprise de la ferme de Ty Losquet, nous avons un avis favorable de financement du Crédit Mutuel de Bretagne.

Mardi 3 mai 2011, le Conseil d’administration de la SAFER de Bretagne a attribué Ty Losquet, à 9 voix contre 8, à Laëtitia Nogré et à ses parents dans le cadre d'un projet d'installation-agrandissement. Les Nogré sont à l'origine de la préemption par la SAFER de la ferme de Ty Losquet, comme l'explique M. François Le Mauff dans Ouest France, l'autre candidat dont le projet équin a été écarté. Les Nogré exploitent 94 hectares en élevage conventionnel avec 331 435 litres de quota laitier et 1 200 m2 de poulailler de dindes de chair. Ils viennent, par ailleurs, de se faire attribuer 14 autres hectares par la Communauté de Communes de Guingamp ce qui porte leur exploitation à près de 110 hectares.

Cette décision de la SAFER, les organisations paysannes (Confédération paysanne 22, Agriculture paysanne 22, Gab 22, Accueil paysan, Cedapa, Civam, RTF, MRJC, et Terres de lien) soutenant notre projet en font un symbole global des difficultés d’accès au foncier pour les projets d’installation hors cadre familial de petites fermes paysannes. Ils dénoncent le mode d’attribution des terres agricoles organisé par les organisations professionnelles qui ne correspond pas aux attentes sociétales !

Nous ne désarmerons pas et sommes déterminées à utiliser tous les recours face à ce refus d’attribution par la SAFER. Ce blog est ici pour témoigner notre détermination dans ce combat pour une politique du foncier plus équitable.

Les articles publiés dans le presse locale le 3 mai 2011 :
Le Télégramme
Ouest France
Dans le Paysan Breton du 6 mai 2011 :
Le Paysan Breton